10 - Portrait du non-Sémanticien

Publié le par Non-A

PORTRAIT DU NON-SEMANTICIEN (donc CE QU’UN PRATICIEN DE LA SEMANTIQUE GENERALE ESSAIE DE NE PAS FAIRE)

Extrait de " Introduction à la Sémantique Générale " de H. BULLA DE VILLARET

 

 

" En regard de ce qui vient d'être dit, traçons maintenant le portrait - que nous allons rendre un peu caricatural - du non-Sémanticien.

 

Fréquemment, un non-Sémanticien ne tient pas tellement à guider son existence d'après les faits: il préfère se laisser conduire par ce que nous pouvons peut-être appeler sa " mythologie ", mythologie qui comprend l'image idéale qu'il se fait de lui-même, de son entourage, de son action ou de son rôle, mythologie dans laquelle on peut ranger des idées, des notions, etc., qui sont les produits de processus d'abstraction incorrects, dus soit à lui-même, soit à la société au sein de laquelle il vit.

 

Quand il ne peut ignorer un fait, il tentera d'orienter l'interprétation de celui-ci de façon à éviter, ou du moins à réduire le conflit qui peut surgir entre sa conscience et ce fait s'il le juge, défavorable à sa sécurité psychologique, à sa vanité, à ses intérêts, à ses idées préconçues comme à ses préférences affectives. Le fait est-il au contraire jugé favorable à ces mêmes éléments : l'interprétation sera tendancieuse en sens inverse, le fait sera gonflé, embelli, etc.

 

II subit sans le plus souvent s'en rendre compte l'influence des facteurs qui, dans notre culture, permettent et vont même jusqu'à encourager la paresse intellectuelle : idées toutes faites, affirmations remplaçant des démonstrations, appel à la suggestibilité des individus et non à leur raison, recours aux " autorités " les plus diverses, etc. De nombreux intérêts se liguent en effet pour empêcher la création de conditions favorables à l'éclosion d'une pensée lucide et indépendante chez le plus grand nombre possible d'individus. On a su donner les apparences d'une voie confortable et sûre à l'ornière du conformisme et de la docilité. Si bien que certains en viennent a éprouver un sentiment d'angoisse et de culpabilité s'ils ne la suivent pas. Peut-être notre non-Sémanticien est-il de ceux-là.

 

L'examen et la réflexion personnels ne le tenteront donc guère. Il préférera appliquer des schémas pré-établis sur les myriades de formes que prend le vécu. Sa conduite comme ses opinions se baseront non sur ce qui se passe, mais sur ce qui se dit.

 

A ce qui se dit, d'ailleurs, il lui arrive fréquemment de ne prêter qu'une attention distraite: au lieu d'écouter son interlocuteur, il prépare sa réponse et cherche les moyens de le contredire, car pour lui, bien souvent, c'est faire preuve d'intelligence que de contredire. Il défigure les paroles qu'on lui adresse, se méprend sur leur sens, et va jusqu'à prêter aux autres des propos qu'ils n'ont pas tenus ou des intentions qu'ils n'ont point.

 

Est-il besoin de préciser que le non-Sémanticien réagit au mot comme à un signal ? Les mots le mènent par le bout du nez. Les mots peuvent le flatter, l'irriter, le réjouir, l'attrister tour à tour .

 

Il ignore l'art d'opposer aux mots comme aux faits la réaction différée. Il entend montrer qu'il comprend rapidement, qu'il réagit tout de suite et prend immédiatement ses décisions.

 

Son opinion est faite sur tout et sur tous. Faite en jugeant l'ensemble d'après la partie, en sélectionnant et sur-généralisant arbitrairement certaines caractéristiques. Il n'est pas rare que son imagination déforme ces dernières.

 

Sans qu'il s'en rende bien compte, ses préjugés, ses préférences affectives, ses motivations, déforment tous les niveaux auxquels il se place - jugements, déductions, options...- et contribuent à les lui faire mélanger.

 

La situation se complique ici du fait qu'il ne s'avoue et n'avoue pas volontiers à autrui les éléments d'ordre affectif qui le guident. Il tient à paraître " raisonnable ", " logique ", capable de " se guider d'après des principes rationnels ", mais en réalité il se borne la plupart du temps à " rationaliser ", c'est-à-dire à inventer pour couvrir ses motifs des arguments qui lui " sauvent la face ".

 

Son opinion est souvent faite une fois pour toutes. Il ne tient pas compte des changements, des évolutions. Il remet rarement les choses en question. II est fier de son jugement et n'admet pas volontiers qu'on puisse le critiquer, ou que d'autres puissent voir les choses d'une manière différente de la sienne. "

 

Il n'est pas tant soucieux de rechercher ce qui est " vrai " QU " probable " que de faire prévaloir ses vues et, le cas échéant d'imposer son autorité.

 

II aime à trancher et il utilise volontiers deux catégories opposées. Souvent d'ailleurs, à ses yeux, ont " raison " ceux qui pensent et agissent comme lui. Alors que, pour le Sémanticien, une autre opinion que la sienne est simplement une opinion différente, le non-Sémanticien voit en une telle opinion une opinion fausse.

 

Il ne bâtit pas une théorie en partant des faits, mais choisit une théorie ou une doctrine qui s'accorde avec ses préjugés et ses préférences affectives, juge les faits d'après elle et choisit arbitrairement les éléments significatifs qui lui paraissent susceptibles de l'étayer. "

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James 13/03/2011 14:03



La subjectivité...


Quelles précautions prend le sémanticien gal pour se prémunir de ses effets qu'il n'aurait su déceler ?


Ceux qui lui demeurant cachés, continuent de l'influencer.


 


Quelle discipline s'appliquer pour se garantir et garantir à l'autre sa propre honnêteté intellectuelle?


Ne risque-t-on pas de passer plus de temps et d'énergie à évacuer toute source de distorsion du raisonnement qu'à la solution du problème lui-même?