2 - La Sémantique Générale selon A.E Van Vogt

Publié le par Non-A

Si vous venez pour la première fois sur ce blog, nous vous conseillons de commencer par la lecture du premier article à avoir été publié "Présentation de la Sémantique Générale", à l'adresse http://semantique-generale.over-blog.com/article-3980484.html , puis de lire les suivants dans l'ordre inverse dans lequel ils apparaissent dans la liste des articles.

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C'est A.E Van Vogt, écrivain de Science-Fiction d'origine canadienne (1912-2000) qui a popularisé la Sémantique Générale, ou Logique Non-Aristotélicienne, à travers sa trilogie du Cycle du Non-A (Non-A s'abrège par un A surmonté d'un tiret).

Dans la post-face de l'édition définitive de 1970, on trouve une présentation de la Sémantique Générale dans laquelle Van Vogt explique que l'apport principal de cette théorie est que l'individu ne perçoit qu'une partie de la réalité et que chacun ne se construit son identité qu'à partir des fragments de ce qu'il croit être "la vérité". Cette présentation se termine par un paragraphe dans lequel il indique que " l'autre idée de base de ce livre, c'est que mémoire et identité sont une seule et même chose " et que ce qui tient une place essentielle dans son livre est que " la mémoire, c'est le soi ". 

Ce faisant, il invite chacun de nous à réfléchir sur ses certitudes, y compris les plus fondamentales, comme celle d'être convaincu d'être soi-même.

EXTRAIT DE LA POSTFACE DU « MONDE DES NON-A » de A.E VAN VOGT :
" La Sémantique générale traite du sens des significations. De ce fait, elle transcende et surpasse la linguistique. Son idée essentielle est qu'une signification ne peut être comprise que si l'on tient compte du système nerveux et du système de perception humains qui en ont été les vecteurs et les filtres. Ainsi, en raison des limitations de son système nerveux, l'homme ne peut appréhender qu'une partie de la vérité et jamais sa totalité. En décrivant cette limitation, Korzybski emploie le terme « niveau d'abstraction », expression qui chez lui ne comporte aucune nuance symbolique mais signifie seulement « abstraire de », c'est-à-dire prendre une partie du tout. II prétend en effet qu'en observant un processus naturel, un homme peut seulement en abstraire - c'est-à-dire en percevoir - une partie.
Si je m'étais contenté d'exposer les idées de la Sémantique générale, nul n'aurait trouvé à y redire mais en vérité, en tant qu'auteur, j'ai voulu aller plus loin dans l'étude d'une situation paradoxale. Depuis la théorie de la relativité d'Einstein nous savons que, lors d'une expérience, il faut tenir compte de l'observateur. C'est une chose qui est parfaitement admise, par exemple en histoire, où l'on considère que les préjugés raciaux ou religieux des écrivains ont pu les influencer. En revanche, la plupart des gens estiment, dès l'instant où il s'agit d'une science dite exacte telle la chimie ou la physique, que la personnalité des observateurs importe peu puisque des opérateurs de nationalité ou de confessions différentes arrivent tous aux mêmes résultats.
Ceci est faux. Tout expérimentateur scientifique est limité dans son aptitude à abstraire des informations de la nature par le système d'éducation qu'il a reçu chez ses parents puis à l'université. Ainsi que l'indique la Sémantique générale, chaque chercheur introduit son équation personnelle dans ses recherches, c'est pourquoi un physicien dont la personnalité a été modelée de façon moins rigide que d'autres pourra arriver à résoudre des problèmes que ses collègues ne pouvaient solutionner. En d'autres termes, l'observateur est toujours une personne bien déterminée.
Ainsi, lorsque Le monde des Ã commence, mon héros, Gilbert Gosseyn, apprend qu'il n'est pas ce qu'il pensait être ; sa conception de lui-même est entièrement fausse. Mais en réalité, n'en est-il pas de même pour nous tous ? Seulement, nous sommes tellement imprégnés de cette fausseté et nous acceptons si bien nos limitations, que nous ne remettons rien en question.
Pour en revenir à l'histoire du Monde des Ã, Gosseyn, ignorant toujours qui il est, se familiarise peu à peu avec son « identité ». Cela signifie simplement qu'il « abstrait » un certain savoir des événements et qu'il leur accorde un certain crédit.
Peu à peu, il en vient à croire que cette partie de son identité qu'il a ainsi définie en est en réalité le tout. Cela est particulièrement évident dans le second roman, Les joueurs du Ã, où Gilbert Gosseyn s'accepte tel qu'il est et reste ainsi un pion. En fait, son identité - donc lui-même -n'existe que parce que son esprit enregistre tous les impacts de l'environnement, c'est-à-dire lui constitue une mémoire.

Ainsi, l'autre idée de base de ce livre est que mémoire et identité sont une seule et même chose. Mais je ne l'ai pas dit nettement, je l'ai mis en scène. Par exemple, au tiers de ce roman-ci, Gosseyn est assassiné. Il reparaît au début du chapitre suivant, toujours le même homme mais dans un nouveau corps, et c'est seulement parce qu'il possède la mémoire du corps précédent qu'il accepte son identification avec le, Gosseyn mort. Pour me résumer, la mémoire c'est le soi. Si vous relisez ce livre vous vous rendrez compte que cette idée y tient une place essentielle. Le monde des A fut peut-être le premier roman de science-fiction qui puisse être lu à deux niveaux. "

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James 13/03/2011 03:13



"Le monde des A fut peut-être le premier roman de science-fiction qui puisse être lu à deux niveaux."


C'est un peu présomptueux de sa part.


Ceci dit, je n'ai pas attendu Van Vogt pour savoir que ma mémoire seule constitue mon identité, ma matière. Et d'autres à travers les âges
s'en sont rendu compte à leurs dépens : les amnésiques.



nath 24/10/2006 21:50

*se dit qu'elle va relire le livre car cela ne l'avais pas frappé à lépoque*